Modéliser l’excellence – ou comment s’inspirer des meilleurs


Jan Arduis, Philippe Bazin, Robert Dilts et Gregory Le Roy après la conférence

Conférence débat lundi 26 novembre 2012 , 19h

J’ai eu la chance d’assister lundi dernier à une conférence passionnante. Le thème en était la modélisation de l’excellence. L’occasion de revenir ici sur une notion essentielle.

Le contexte

Association des anciens élèves d’HEC, avenue Franklin Roosevelt dans le très chic 8ième arrondissement de Paris. Des locaux très agréables dans un ancien hôtel particulier.
Les participants sont si nombreux que la salle de conférence, pourtant grande, ne suffit pas à ce que tout le monde puisse s’asseoir. Des hommes en costumes cravates et des femmes d’affaire en tailleur très chic attendent le début imminent de la conférence.
Grégory Le Roy, l’organisateur, prend la parole sur un ton dynamique et décontract à la fois et introduit le sujet en rappelant que la modélisation consiste à s’inspirer des meilleurs afin de reproduire ce qui fait leur talent. Rappelons au passage que cette opération est au cœur de la PNL et que c’est précisément en modélisant des psychothérapeutes d’exception que Richard Bandler et John Grinder ont jeté les bases de cette approche dont le succès perdure près de quarante ans plus tard !
Ce soir ce n’est bien-sur pas de psychothérapie qu’il s’agit mais de management (certaines mauvaises langues diraient que dans certains contextes, ça se ressemble !). Grégory, manifestement (et à juste titre d’ailleurs) ravi d’avoir réussi à rassembler ces quatre experts du sujet en même temps, passe le micro et laisse à chacun le soin de se présenter.

Joël Guyon

J’ai retenu de Joël qu’il était au départ éducateur pour mineurs délinquants et qu’aujourd’hui, il coach des manager en entreprise et pratique aussi le team-building – opération qui consiste à aider des personnes talentueuses lorsqu’elles sont seules à conserver leur talent lorsqu’elles travaillent à plusieurs. J’ai trouvé ce parcours suffisamment original pour écouter attentivement ce que ce monsieur pense du mécanisme d’excellence.

Jan Arduis

Jan est flamand d’origine – et parfaitement francophone. Executive coach, c’est-à-dire coach de cadres intervenant à de hauts niveaux de décisions dans des entreprises multinationales, il est un spécialiste de la modélisation de l’excellence chez les managers. Notamment, il a réalisé à la demande de Hewlett Packard Europe une longue mission consistant à identifier les dénominateurs communs chez plusieurs managers particulièrement hors-norme (en terme de bons résultats, bonne ambiance dans l’équipe, etc).

Philippe Bazin

Consultant associé chez Krauthammer International. Je connais bien Philippe puisque j’ai eu le plaisir d’écrire le petit-manuel d’auto-coaching avec lui il y a plusieurs années maintenant. Rappelons que Krauthammer est expert dans le domaine du coaching comportemental. Identifier quels sont les comportements observables, mesurables et reproductibles chez les managers hors du commun, et transmettre au plus grand nombre ces savoirs faire et savoir être est précisément au cœur de leur expertise. Travaillant depuis de nombreuses années avec les plus grandes entreprises sur le sujet de la modélisation de l’excellence, Philippe est passé maître dans l’art d’identifier ce qui fait la différence.

Robert Dilts

Hyper chevronné sur le sujet, il est certainement, avec Richard Bandler et John Grinder, l’un de ceux qui contribuent depuis le plus longtemps à l’enrichissement des connaissances sur le domaine de la modélisation de l’excellence. Rappelons qu’il a travaillé entre autres avec Steve Jobs himself ainsi qu’auprès des studios Disney – précisément pour modéliser ces deux patrons (et créateurs aussi, que mettre en premier ?) d’exception.

La conférence

Les termes doivent d’abord être précisés. Ainsi nos quatre experts commencent par livrer à une assistance captivée leur vision de ce que l’excellence représente en réalité. Voici ce que j’ai principalement retenu. D’abord l’excellence existe et elle est observable. Elle consisterait en une performance particulièrement récurrente et (c’est un point qui semble assez essentiel dans le concept d’excellence) particulièrement fluide.

Plutôt que d’envisager la question sous l’angle « Être ou ne pas Être excellent » il semble plus juste d’envisager l’excellence comme une zone dans laquelle certaines personnes évoluent si souvent que l’on peut dire d’elles qu’elles pratiquent l’excellence dans un domaine donné – car l’excellence est liée à un domaine ou plutôt à un type d’activité.
C’est d’ailleurs un autre point particulièrement intéressant : d’après Joël Guyon, nous possédons tous un mécanisme d’excellence, c’est-à-dire une façon de fonctionner qui, utilisée dans certain domaines, est particulièrement performante. Derrière cette bonne nouvelle se cache toutefois deux problèmes.

D’abord, nous ne sommes pas conscients de ce mécanisme : il correspond pour nous à notre façon naturelle de fonctionner. Deuxième problème : ce mécanisme est si naturel pour nous que nous l’utilisons en permanence, même lorsqu’un autre mode de fonctionnement serait plus adapté – on retrouve ici ce bon vieil adage cher à tous les coach : « Celui qui n’a qu’un marteau voit des clous partout » !

Parmi les conséquences de ces deux problème retenons l’idée séduisante que notre mécanisme d’excellence est à la fois notre plus singulier talent – celui qui nous permet de réussir dans certaines tâches mieux que quiconque ; il peut aussi devenir la principale limite de la personne qui ne saura pas en sortir lorsque cela devient nécessaire.
Un autre corollaire de l’idée de mécanisme d’excellence est que nous avons tendance à dévaloriser notre propre excellence personnelle. D’après l’expérience de Joël Guyon sur le sujet, une personne réalisant une tâche correspondant exactement à son mécanisme d’excellence y prend tellement de plaisir, s’amuse tellement et trouve ça tellement facile qu’elle n’imagine pas qu’il s’agit là d’un talent rare et singulier.

Modéliser l’excellence

Après la présentation de Joël Guyon du mécanisme d’excellence, Jan Arduis et Philippe Bazin nous ont exposé en quoi consiste l’art de la modélisation. J’emploi le mot « Art » à dessein tant il semble que le regard de celui qui modélise impacte le travail de modélisation, à la manière d’un artiste qui commence par porter son regard particulier sur l’objet de son intérêt.

Je retiens de l’intervention de Philippe deux idées majeures. D’abord, une partie de quelque chose peut contenir toute l’essence de la chose en question. Un peu comme un hologramme qui se retrouve entièrement dans chacune de ses parties, l’excellence se retrouve à tous les niveaux d’une personne ou d’une équipe (les mathématiciens penseront aux fractales et les botanistes … au chou-fleur ou même au choux romanesco). Regardez un chou-fleur, et prenez-en un morceau. Vous retrouverez dans ce morceau un chou-fleur en miniature – idem si vous isolez un morceau de ce morceau ! A force, vous isolerez le plus petit morceau qui contient toute la structure – après, découper un morceau plus petit vous ferait perdre de l’information.
Il y a manifestement dans le travail de modélisation cette idée que le tout est contenu dans une partie, même petite. C’est le deuxième point à retenir, ce souci de simplification. C’est même la base de la modélisation : décomposer en éléments simples et transmissibles une information complexe.

Par exemple, Jan Arduis a remarqué chez beaucoup de top manager cette aptitude commune à vivre une chose et son contraire en même temps. Par exemple, être dans la discipline et la liberté en même temps, dans l’arrogance et l’humilité en même temps, gratitude et générosité en même temps.
J’insiste sur le en même temps puisque c’est précisément ce qui est impossible à appréhender de façon rationnelle. Ces manager ne se disent pas « je vais être discipliné jusqu’à telle heure puis je fais une pause de liberté ». Ils sont en même temps dans la discipline et dans la liberté. Une piste sans doute à creuser pour nous tous.

Enfin Robert Dilts a conclu la soirée en évoquant notamment son travail auprès de Steve Jobs. Le personnage est si complexe et même si fascinant qu’il justifierait à lui seul un ouvrage entier de modélisation. J’ai retenu entre autres qu’il incarnait particulièrement ces paradoxes auxquels il est fait allusion plus haut – à la fois hyper sur de lui et en même temps cherchant sincèrement à connaître l’avis des autres, hyper talentueux pour déléguer, laisser à chacun une liberté inouïe et créer de l’intelligence collective (là où 1+1 ne fais même pas 2,5 ou 3 mais peut-être 4, 5 ou même davantage !) et en même temps décider au final de façon complètement tyrannique, à fois complètement « autiste » et en même temps hyper ouvert sur le monde.

Conclusion

Je vous propose de retenir les points les plus positifs de cette intervention de haut vol (l’assistance était absolument emballée). Nos possédons tous un mécanisme d’excellence. Il est en quelque sorte notre mine d’or personnelle, notre talent exceptionnel. Après l’avoir identifié, attention à ne pas le dénigrer : il est symptomatique de trouver « facile » les taches adaptées à ce mécanisme – et donc, pour beaucoup de « cartes du monde » et de champs de croyances, « sans valeur ».
Nous pouvons nous inspirer des meilleurs – et donc progresser encore et encore. Sans doute même sommes-nous tous d’une certaine façon des modélisateurs en puissance. Albert Bandura a théorisé cet apprentissage dit « vicariant », plus souvent appelé « apprentissage par capillarité ». Fréquenter des personnes particulièrement fortes dans un domaine, les observer avec une sincère curiosité déclenche certainement ce processus intuitif, pour ne pas dire inconscient, qui nous fait nous transformer et grandir, pour le meilleur.

Jean DORIDOT
Psychologue

Jan Arduis, Jean Doridot et Robert Dilts après la conférence